Canalblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Chroniques.

Publicité
Archives
Chroniques.
  • Les chroniques sont le carnet régulier de Renard sur les sciences humaines et naturelles. Les chroniques s'adressent à un public large pour tenter d'expliquer clairement des phénomènes compliqués et des controverses.
  • Accueil du blog
  • Créer un blog avec CanalBlog
2 juin 2009

Bernadotte / Guy Mathelié-Guinlet

Bernadotte_Su_de___Copie

Une biographie pour "réhabiliter" Bernadotte : le livre de Guy Mathelié-Guinlet.

La quatrième de couverture nous avertit que l'auteur a voulu "rendre justice à un personnage bien souvent décrié et accusé d'avoir été traître à son pays". Et à cela, il n'est pas faux d'ajouter qu'une des autres ambitions de G. Mathelié-Guinlet a été de montrer la "béarnité" de Bernadotte qui est affirmée dès les premières lignes : "Bernadotte, maréchal de France, roi de Suède est un pur produit du Béarn". Le voilà donc labelisé ! Mais qui a-t-il de béarnais chez Bernadotte ? Il arrive qu'on manque de s'étouffer en lisant le livre : par exemple à la page 63 : "Il va être un gouverneur équitable qui sera aussi populaire en Hanovre qu'il l'avait été dans ses autres gouvernements. Il a cette qualité de savoir se faire aimer des populations qu'il gouverne, qualité qu'il tient de la plus profonde tradition béarnaise." Il est vrai qu'Henri IV est lui aussi un pur produit du Béarn et que tous les béarnais lui ressemblent... Quant à savoir si l'administration française est aimée dans le reste de l'Europe, cela semble surprenant.

Le seul élément biographique qui peut, à la rigueur, être expliqué par son origine, est son apparente facilité à changer de religion pour devenir roi de Suède, Henri IV servant toujours de modèle. Mais, en ces temps d'après déchristianisation, il ne se serait certainement pas manqué de français pour accomplir le même renoncement...

Enfin, il n'est pas possible de résister à citer quelques ligne de Guy Mathelié-Guinlet qui décrivent son sujet installé sur le trône de Suède :

« C’était un souverain qui travaillait beaucoup, avec une manière particulière. C’est souvent dans son lit qu’il recevait ses ministres et traitait avec eux les affaires de l’état. Il s’attacha avant tout à redresser les finances du pays, qui étaient au plus bas lorsqu’il avait été élu prince hériter. La production industrielle et le commerce doublèrent en quinze ans, et la Suède devint la quatrième puissance maritime d’Europe. Le pays était un vaste chantier, on construisait hôpitaux, écoles, arsenaux, citadelles. C’est sous le règne de Charles XIV Jean que fut creusé le canal de Gotha entre la Baltique et la mer du Nord, ce qui facilita et favorisa le commerce non seulement de la Suède, mais aussi de tous les pays nordiques. Le roi fit mettre en valeur d’immenses étendues incultes, il développa la production des chevaux et des bêtes à cornes. Bref, rien n’échappait à son œil vigilant. En même temps, il faisait préparer une réforme du code civil et du code pénal, et il affranchissait tous les juifs de Suède. On peut dire que le règne de Charles XIV Jean Bernadotte fut l’âge d’or de la Suède, qui n’avait pas connu pareille prospérité depuis Gustave-Adolphe. Le roi béarnais, qui gouvernait en souverain d’expérience et en père débonnaire, fut appelé par ses sujets « le Père du Peuple ». (pages 120-121)

Non, il ne s'agit pas d'un portrait de Nicolas Sarkozy même si l'hyperactivité nous y fait penser. Il faut tout de même ajouter que si les faits économiques généraux rapportés ici semblent vrais mais il est peu probable que Bernadotte en ai décidé depuis son lit... Il faut aussi rappeler qu'il est un roi constitutionnel et n'est donc pas le chef du gouvernement. Certains ont décidément du mal à faire la différence...

Publicité
1 juin 2009

Bernadotte et le suédois.

Bernadotte a bien appris le suédois !

Dans la chronique du 19 mai dernier, je soulignais le caractère abusif de certaines interprétations des choix linguistiques de J.-B. Bernadotte. Le seul argument des personnes qui prétendent que Bernadotte n'a pas voulu apprendre le suédois est de dire qu'il considérait le français comme sa seule langue. La biographie de Bernadotte par Guy Mathelié-Guinlet, malgré ses imperfections qui méritent une petite chronique, nous renseigne doublement, sur l'usage du béarnais et du suédois par le roi de Suède. G. Mathelié-Guinlet, sans citer sa source, prétend que Bernadotte profère toujours en Scandinavie ses "Diu bibant !" (Dieu vivant !) lors de ses moments d'irascibilité (1) : preuve de sa "diglossie" béarnais/français. Concernant le suédois, Bernadotte fait référence à son apprentissage et à ses lacunes dans ce domaine lors d'un discours à la Diète : "Je suis parvenu, dit-il aux parlementaires, à vous servir sans parler exclusivement votre langue. Celle de l'humanité fut le nouveau code de mon devoir." (2)

J.-B. Bernadotte est bien devenu un polyglotte mais certainement pas autant qu'il l'aurait voulu. Fin de la controverse ?

P.M.-L.

1 : Guy Mathelié-Guinlet, Bernadotte, roi d'aventures du Béarn à la Suède, Pau, Pyrémonde, 2000, 136 pages. Citation de la page 128. / 2. Ibid, page 129.

31 mai 2009

Et si "Bruxelles" interdisait "aussi" le chocolat...

bretzel

Et si "Bruxelles" interdisait "aussi" le chocolat...

Ce serait pour certains le scoop de la journée mais ce ne serait surtout rien d'autre qu'un canular. Pourquoi diable "Bruxelles" interdirait le chocolat dans le pain au chocolat ? Mais pour préserver de manière autoritaire la santé de nos enfants s'empresseraient de répondre les détracteurs de la commission qui siège en Belgique. L'idée semblerait ridicule (et elle le serait profondément) mais qu'en est-il de celle qui consiste à dire que le sel sera bientôt interdit dans les bretzels ? 

Que sait-on précisément sur cette affaire qui fait tant de bruit outre-Rhin ? Peu de choses faute de trouver en ligne la fameuse directive incriminée... Où se cache-t-elle ? Pourquoi ne nous la montre-t-on pas ? On en viendrait presque à douter qu'elle ait existé cette fameuse directive d'autant plus que Nina Papadoulaki (porte-parole de la commissaire à la Santé) affirme : "La Commission européenne n’a jamais dit qu’elle allait réglementer la teneur en sel. (...) Nous n’avons jamais dit que nous allions légiférer sur le sel et nous n’avons jamais dit que nous allions interdire les bretzels ou tout autre produit de ce type. Ce que nous tentons de faire avec la réglementation sur les allégations nutritionnelles, c’est d‘éviter qu’une information trompeuse soit donnée au consommateur." (source : euronews)

Mais alors pourquoi cette fronde pour quelques étiquettes ? On peut lire ailleurs que "ce qui est le plus critiqué, c’est le fait qu’une fois de plus, l’UE souhaite nous imposer une recette commune et de même, formater notre goût" (source : "cafebabel", l'auteur de l'article a depuis changé son texte). Plus critique encore : "La réglementation Européenne va imposer de limiter à 1 gramme la quantité de sel par kilo de pâte de pain. Catastrophe ! Le bretzel nécessite au moins 15 gramme par kilo. Ils vont être obligés d'ajouter des... aditifs (sic) dégueulasses avec des noms imprononsables (sic) pour produire des machins qui ressembleront vaguement à des bretzels." Rien moins que ça... (Blog "Partageons mon avis" dans un article intitulé "Sauvez le bretzel pour sauver l'Europe"...)

Mais personne ne cite le texte original, ni la porte-parole de la commissaire à la Santé, ni les blogeurs mécontants. Sommes-nous donc condamnés à nous faire une idée sur de simples déclarations ? Qui peut dire de manière raisonnée qu'il s'agit d'une rumeur en l'absence de tout texte de référence ? On ne peut combattre une rumeur qu'en se référant clairement à un texte accessible. Faute de cela, nous voilà réduits à écouter les interprétations souvent ésotériques des uns et des autres. Sur ce sujet comme pour d'autres, nous sommes sur-informés par des avis qui se répètent en boucle sans jamais être vérifiés. C'est désespérant !

P.M.-L.

A lire aussi dans les carnets : "Bruxelles et l'imaginaire collectif".

Source de l'image : Blog Partageons mon avis.

30 mai 2009

Les arguments de Lionel Jospin.

Lionel_Jospin

Les arguments de Lionel Jospin.

Voici une présentation des principaux arguments de Lionel Jospin en réponse aux thèses défendues par Vincent Duclert dans son livre, La gauche devant l'histoire, à la reconquête d'une conscience politique (Seuil, 2009). [Voir article dans ces carnets : Pourvu que le débat ait vraiment lieu !]. Cela donnera lieu ensuite à deux remarques.

Les arguments.

  • Selon L. Jospin, Vincent Duclert opposerait fictivement la "deuxième gauche" au PS notamment en passant sous silence qu'il a été le numéro 2 du gouvernement Rocard en 1988. L. Jospin dénonce aussi une volonté chez V. Duclert "d'effacer François Mitterrand de l'histoire récente de la gauche".

  • Il n'y aurait pas de rupture du Parti Socialiste avec son histoire dans les années 1990. L. Jospin cite son travail en amont publié dans les brochures de formation sur l'histoire du socialisme. Il rappelle utilement qu'il est l'auteur d'un discours remarqué sur le chemin des Dames (11/11/1998).

  • Pour L. Jospin, Vincent Duclert mélange les genres, il confond le travail d'historien et de polémiste. Il lui reproche aussi d'idéaliser le passé (notamment Jaurès et d'oublier la faillite de la SFIO en 1914).

  • L. Jospin conclut qu'il n'y a pas de coupure entre les intellectuels et le socialisme et que le désastre du "21 avril" [aucun candidat socialiste au second tour de l'élection présidentielle] a aussi comme cause des éléments plus terre à terre comme la division de la gauche autour d'un trop grand nombre de candidats. 

Remarques.

Deux arguments majeurs dans cette lettre peuvent être retenus pour commencer une critique constructive du livre de Vincent Duclert. En premier lieu, l'intérêt que porte Lionel Jospin à l'histoire contredit clairement la thèse selon laquelle le PS a oublié son histoire. Deuxièmement la faiblesse conceptuelle de la définition "duclérienne" de la "seconde gauche" peut porter préjudice à la reception de ce livre. 

Concernant le premier point, il est indéniable que le discours sur les mutins du chemin des Dames a été un discours courageux pour une "grande cause" alors que Vincent Duclert, page 11, écrit : "Que la SFIO après 1945 puis le Parti Socialiste à partir de 1971 n'aient pas embrassé de grandes causes, susceptibles de forger des identités politiques durables, à l'exception de quelques combats emblématiques comme l'abolition de la peine de mort avec Robert Badinter, ne signifie pas que ces enjeux majeurs n'aient pas existé." La place dans l'histoire nationale des mutins de 17 est-elle une grande cause ? On peut le penser et L. Jospin semble marquer un point sur ce sujet en montrant aussi qu'il connaît bien l'historiographie sur la question (Nicolas Offenstad ou le général André Bach).

La critique de l'opposition systématique PS / "deuxième gauche" parait aussi fondée même si cette fois-ci, il semble que L. Jospin caricature les propos de V. Duclert. De plus, ses critiques ne répondent qu'en partie aux thèmes abordés par l'historien qui analyse l'histoire politique de la gauche de manière plus fine que ce que L. Jospin veut faire croire. Enfin, qui peut nier qu'il existe un affaiblissement de la conscience politique socialiste ? De cela Lionel Jospin se garde bien de parler...

Lire aussi sur ce blog : Pourvu que le débat ait vraiment lieu !

29 mai 2009

Bruxelles et l'imaginaire collectif.

la_commission (1)

Bruxelles et l'imaginaire collectif.

"Bruxelles" : forme métonymique, mythologique et désincarnée du pouvoir. Le mot est utilisé pour alimenter les peurs ancestrales face à l'Etat : "Bruxelles a dit, a décidé, veut, exige, etc." Personne ne se soucie de savoir qui se cache derrière "Bruxelles". Exemple à suivre :

Il y a peu de temps, le journal marseillais Prouvenço aro ("La Provence aujourd'hui") nous régalait dans un article intitulé "Culturo e viticulturo prouvençalo" (2) où Bernat Giély écrivait : "La Coumissioun éuroupenço vai autourisa la fabricacioun dóu vin rousa pèr uno mescladisso de vin rouge e de vin blanc." (3) Malheureusement, le journaliste ne s'est pas renseigné sur l'origine de cette directive avant d'écrire son article, ni sur le rôle de la Commission. Celle-ci "exerce les compétences que le Conseil lui confère pour l'exécution des règles qu'il établit" (articles 211 du Traité CE et 124 du Traité CEEA). Autrement dit, la commission est un organe exécutif qui ne peut pas sans arrêt cacher la responsabilité du conseil européen. Pour le cas qui nous intéresse, c'est la France, avec d'autres pays, qui a demandé cette règlementation dans le cadre de ce Conseil et qui a ensuite donné un avis favorable (4). Pèr lou dire en uno di lengo d'O : la coumissioun es pas respousablo di bestiso di gouvernament naciounau... 

A lire aussi sur ce blog : Les rumeurs autour du bretzel : Et si "Bruxelles" interdisait "aussi" le chocolat...

1 : La Commission des Communautés européennes à Bruxelles.

2 : Prouvenço aro n°244, page 2.

3 : Mescladisso, un mélange.

3 : A lire sur Le Point. fr : Le vin rosé (un sujet qui fache)

Publicité
28 mai 2009

La politique des dieux (à propos de John Scheid). 1ère et 2ème parties.

John_Scheid J.S.

La politique des dieux

A propos de John Scheid .

A l'instar de Paul Veyne (son prédécesseur au Collège de France), John Scheid est un penseur fécond qui nous invite à remettre en question ce que nous croyons savoir sur la société antique. Il a apporté un éclairage nouveau sur les liens qui unissent la religion et la cité. A ce titre, il nous permet de mieux comprendre, dans son contexte historique, la nature du pouvoir (de la famille jusqu’à l'empire) ou celle de la religion (de l’accomplissement d’un rite aux croyances qui n’en découlent pas forcément). Ces pages de carnet sont le fruit de lectures passionnées de ce grand historien.

Le débat sur la place de la religion dans l'espace public est en grande partie un héritage lointain. Les religions antiques n'ont pas été effacées par des siècles de christianisme sans marquer durablement ce dernier. De nombreux penseurs chrétiens (Tertullien, Isidore de Séville) ont affirmé que le christianisme a supplanté les religions polythéistes par sa capacité à donner sens au monde et à sauver l'âme contrairement au "paganisme" qui s'était limité à la répétition des rites sans apporter de salut. Mais quelles sont ces religions antiques que l'on connaît souvent plus par leurs contradicteurs que par ce qu’elles ont laissé ?

Les religions antiques ne recouvrent pas exactement des croyances définitives.

Pour les religions monothéistes, le sentiment religieux est la capacité d'un individu à croire alors que ce n'est que partiellement l'objet de la religion romaine. Le sentiment religieux antique, plus exactement la piété, consiste à perpétuer un lien collectif avec une ou des divinités. Une religion antique ne se pense pas comme potentiellement commune à l'ensemble de l'humanité, elle est fondamentalement propre à une communauté et n'est pas de caractère exclusif. Ce qu'on appelle aujourd'hui la "croyance" était alors propre à la personne ou plus exactement à la philosophie qu'elle choisissait.

Avoir la foi en revanche, à Rome il y a deux mille cinq cent ans ou aujourd'hui, est un acte de confiance (fides) envers un ou des dieux. Mais cette foi ne recouvre pas exactement la même signification chez le premier ou le second. Le Romain antique ne se pense pas comme quelqu'un sur lequel à rejailli la tâche d'un pêché originel et ne vit dont pas dans une culture de la pénitence. Ses croyances ne sont pas non plus uniques ni inspirées d'un seul livre : elles dépendent de lui. Certains comme Porphyre croient que la multitude des dieux ne découle que d'un principe unique, mais "cette croyance n'est pas à proprement parlé de la religion" rappelle John Scheid.

La piété antique se manifeste par le respect scrupuleux des formes inventées par les ancêtres qui ont tissé des relations durables entre les hommes et les dieux. Car la religion antique est avant tout un culte collectif (de la famille jusqu'à l'empire en passant par la cité) qui établit un lien sans chercher à distinguer ce que chacun pense dans son for intérieur. Sur ce point la différence est fondamentale.   

La religion antique n'est pas séparable du politique.

Il n'y a pas de clergé autonome dans la Rome antique car la religion ne vient pas des dieux par un message ou un texte sacré. Le clergé est le dépositaire d'une tradition collective qui met en lien les hommes et les dieux : il est donc à proprement parlé civique. Aussi les plus grandes autorités religieuses sont les consuls puis les prêteurs. Le collège des prêtres et le grand pontife à sa tête, ont un rôle d'expertise. Contrairement à ce qui est écrit ici, il est un peu rapide de dire que "le grand Pontife portait le titre le plus élevé de la religion romaine" car ce sont les consuls, les prêteurs et les sénateurs qui interprètent les prodiges ou les catastrophes. Donc, en l'absence d'un clergé autonome, les plus hautes autorités religieuses sont les hautes autorités politiques.

(à suivre)

23 mai 2009

Pourquoi Chevènement est marginalisé.

Jean_Pierre_Chev_nement

Pourquoi Chevènement est marginalisé.

Il est paradoxal de constater qu'une élection européenne met en difficulté Jean-Pierre Chevènement. Son parti, le MRC, n'a pas trouvé d'accord ni avec le Front de Gauche (FdG), ni avec le Parti Socialiste. Il faut dire que chez ce dernier, les malentendus ont été nombreux ces dernières années : Lionel Jospin lui a fait porter la responsabilité de son éviction prématurée lors de l'élection présidentielle de 2002 et que Bernard Henri-Lévy ("conscience morale" mais non adhérent) avait surenchéri pour celle de 2007 à cause cette fois de la trop grande proximité du président du MRC avec la candidate Ségolène Royal. Le PS de Martine Aubry, fruit d'un si savant équilibre, n'avait donc aucune raison de l'appeler pour resserrer ses rangs même si les listes du parti rassemblent des partisans du "oui" et du "non" au traité de Lisbonne. Quant au Front de Gauche (PCF, PG et "unitaires"), plus homogène idéologiquement et opposé au traité dit "constitutionnel", l'entente ne s'est pas non plus réalisée.

Stratégiquement seul, Jean-Pierre Chevènement faisait part le 14 mai, dans un communiqué, de son choix d'appeler à voter blanc ou nul aux élections européennes. Officiellement, les deux raisons étaient l'incapacité du parlement à incarner une volonté générale et l'absence du thème de la souverainté nationale dans la campagne du Front de Gauche.

voter_blanc_MRC_2(tract du MRC)

Peu de divergences de fond.

Mais, au delà des formules, quelles étaient précisément les divergences de fond entre le Front de Gauche et le MRC ? Le Front de Gauche dénonce le démantèlement des services publics (nationaux) et la mise en concurrence des territoires par l'interdiction de tout entrave à la libre circulation des capitaux. De plus, les tracts de la campagne du FdG s'en prennent à... Nicolas Sarkozy, thème hexagonal par excellence. Le FdG méconnaît-il vraiment "le ressort que peut constituer l’exercice de la souveraineté nationale" comme le prétend J.-P. Chevènement ? A l'inverse, les positions du MRC dans la négociation avec le Front de Gauche étaient axées sur la régulation de la mondialisation, l'Europe sociale et l'Europe en tant qu'acteur stratégique et solidaire dans un monde multipolaire. Le MRC s'est prononcé pour une gouvernance économique de la zone euro et pour l'abrogation des lois Sarkozy sur l’immigration. En fait, on pourrait chercher longtemps des raisons idéologiques à l'absence d'accord entre le FdG et le MRC sans les trouver.

Le Front de Gauche, une alliance sur le long terme ?

Comme souvent, les textes officiels restent à la surface sans expliquer les raisons profondes. Qu'il soit écrit "on ne fera pas l'Europe sans et à plus forte raison contre les nations" ou non dans le programme du FdG n'est certainement qu'un pretexte. Les faits sont tétus car avec ou sans cette phrase, les ambitions politiques du Front de Gauche s'axent à la fois sur la défense des acquis nationaux et la perspective de conquêtes sociales européennes, comme le MRC justement.

Pourquoi en est-on donc arrivé là ? Il ne faut pas penser que les acteurs politiques ont une vision qui ne dépasse pas le prochain rendez-vous électoral. Projetons-nous dans l'avenir à moyen terme du FdG, après un bon score aux prochaines élections. Quels sont les alliés fiables qui vont tenter de cimenter l'unité du FdG ? Il est fort probable qu'à la prochaine élection présidentielle J.-P. Chevènement soutienne le ou la candidate PS. La presse pourrait alors refléter l'image d'un FdG "éclaté" ou incapable de s'unir durablement et ce serait un mauvais départ pour une campagne. Or, pour construire une alliance durable à gauche, il est nécessaire dès l'élection européenne de constituer un noyau solide. Le FdG, s'il veut prétendre sérieusement incarner un renouveau politique, n'a peut-être pas intérêt (en tous cas le croit-il) à s'allier temporairement avec un ancien ministre de François Mitterrand dont la science des formules aurait pu attirer sur lui les micros et les caméras. Le Parti Communiste qui est l'arrête centrale (et discrète) de la coalition a besoin d'une alliance capable d'incarner une forme de refus constructif et solide pour se démarquer du Nouveau Parti Anticapitaliste et assurer sa crédibilité. Les choix du Front de Gauche sont donc tout à fait compréhensibles et cohérents. Nous verrons le 7 juin au soir si un deuxième "pôle de gouvernement" est en train de se constituer à gauche ou si le Front de Gauche est une union sans lendemain.      

22 mai 2009

Le NPA a-t-il un programme franco-français ?

NouveauPartiAnticapitaliste

Quelques affiches du NPA (Nouveau Parti Anticapitaliste) arborent fièrement leurs thèmes de campagne comme l'augmentation du SMIC à 1500 € net, la hausse générale des salaires de 300 € net ou la création d'une allocation pour les jeunes de 700 € par mois. Il n'est pas question de débattre ici de la faisabilité de telles réformes puisque le NPA ne prendra pas le pouvoir par les urnes de sitôt.

En passant devant les mêmes affiches, un ami s'est demandé si ces propositions étaient valables uniquement pour les travailleurs en France (et en métropole) ? Il est vrai qu'il n'est pas précisé si la proposition d'un SMIC à 1500 euros est valable pour la France, l'Europe ou le monde. Mais si, comme il est probable, il s'agissait d'un SMIC français, ne serait-ce pas un recul de l'internationalisme trotskiste au profit d'une vision clairement nationale, à l'intérieur des frontières bourgeoises, du combat ouvrier ? Le NPA n'encouragerait-il pas aussi la concurrence sociale entre les ouvriers puisque chaque "classe ouvrière" avancerait différemment vers le paradis socialiste ? Cela créerait donc d'insupportables inégalités. Bon courage à celui qui voudra répondre à ces questions, surtout pendant la campagne européenne ! 

21 mai 2009

Tout simplement renversant.

Di_Pietro_italia_dei_valori

Affiche électorale d'Italia dei Valori (Idv), parti de gauche italien, gare de Naples, avril 2009. L'Italie au nord de l'Europe.

Tout simplement renversant.

Renversant ? L'adjectif n'est pas employé pour parler de l'affiche électorale de Di Pietro. Il n'est de vraiment renversant que la capacité de Silvio Berlusconi a dire des énormités avec aplomb. Le Corriere della Sera de mercredi rapporte cette déclaration du Président du Conseil italien à propos d'Antonio Di Pietro : "Il signore che guida l'Italia dei valori è un soggetto pericoloso per la democrazia e mi fa orrore. L'Idv ? Quelli sono dei valori mobiliari." (1)

Un danger pour la démocratie... Di Pietro est un ancien magistrat en charge il y a quelques années des enquêtes sur le financement de la vie politique italienne baptisées "Mani pulité" (opération "Mains propres"). Il est a la tête du parti de gauche Italia dei Valori (Idv). Quant aux valeurs mobiliaires que dénonce Berlusconi, on se frotte les yeux pour savoir si on a bien lu.

20 mai 2009

Pourvu que le débat ait vraiment lieu !

Vincent_Duclert_ehess (V. Duclert)

Pourvu que le débat ait vraiment lieu !

Vincent Duclert, auteur de la Gauche devant l’histoire, interroge le passé du socialisme depuis l'affaire Dreyfus. C'est aussi l'occasion d'un retour critique sur les années Mitterrand et Jospin qu'il juge au regard du temps long de l'histoire socialiste. La parution de ce livre est un événement de toute première importance et l'occasion d'une analyse plus approfondie ici-même se présentera bientôt.

L'intellectuel et le politique.

Lionel Jospin, qui n'est pas épargné par l'historien, a répondu à l'auteur. La lettre a été publiée par le mensuel l'OURS (Organisme Universitaire de Recherche Socialiste) n°388 (mai 2009), page II du supplément. Voici un court extrait :

"Cher Vincent Duclert,

Alors que j'ai aimé plusieurs de vos livres, j'ai été déçu par le dernier. Vous semblez vouloir écrire un livre sur l'histoire de la gauche de l'affaire Dreyfus à 1968. De fait, vous en tracez l'esquisse, de façon un peu cursive et pas inintéressante. Mais vous y glissez un pamphlet sur la gauche depuis 1971. C'est votre droit. A condition d'argumenter solidement et de garder la méthodologie et le scrupule de l'historien. Ce n'est pas le cas." (fin de la citation)

L'entrée en matière de Lionel Jospin est assez claire pour ne pas être commentée abusivement...

Le contexte européen.

Retrouvons les valeurs humanistes de la gauche, dit en substance Vincent Duclert. Ces dernières années, le débat au sein du P.S. s'est laissé enfermer dans le conformisme et l'absence de choix clairs. Le contexte politique européen actuel met les socialistes français dans l'urgence d'affirmer leur identité politique. Il ne faut pas qu'ils manquent l'occasion. Il est probable que le congrès de Reims a marqué la fin d'un cycle politique au P.S. et que les langues commencent à se délier : le débat y gagnera en clarté. Les mésaventures des partis de gauche italiens ne sont pas étrangers à la nature des débats ici. Pour éviter de disparaître aussi en France, le socialisme se doit de repartir à la "conquête d'une conscience politique" et on ne peut qu'être d'accord avec les ambitions affichées par Vincent Duclert.

Lire aussi sur ces carnets : Les arguments de Lionel Jospin.

Publicité
1 2 > >>
Publicité
Chroniques.
Publicité
Publicité